... Quelques textes à propos de mon travail... (première partie)


Martine Carles appelle les jeux d'eaux et les jeux de mots puisqu'avec elle le regard de l'artiste est un jeu subtil et dangereux, et dans ses fontaines mauresques aux éclairages quasiment monochromes, tout simplement :
"ce qu'on appelle la peinture".
...Il y a des personnes dont on dit, et très souvent dont on pense, qu'on ne peut pas les voir en peinture.
Et il y a des peintures dont on se déprend dans l'instant et dont on ne souhaite pas rencontrer la personne qui les a commises. La morale, l'art ou la justice n'ont hélas pas grand chose à rendre compte à cette expression populaire, mais il y a peut être là une afinité certaine.
Elle a trait en fait,si nous "parlons vraiment" du chevalet et du voyeurisme qui lui est consubstanciel, au pur talent du peintre plus qu'au défaut d'empathie ou de synthétie qu'on peut entretenir avec le modèle.


Tentons une explication, Martine Carles peint comme elle est, c'est à dire qu'elle est, sans contestation, de ces femmes qu'on souhaite voir en peinture parce qu'elles sont belles, qu'elles ont du talent et, pour ce qui la concerne, une personnalité et une aptitude de portraitiste au dessus de tout soupçon....

Par un effet de mimétisme dans le même temps ou elle saisit l'essentiel de ses modèles unanimement féminins, ses modèles saisissent l'essentiel de Martine.

    


Dans cette osmose fluide et répétée, peintre et modèle se donnent mutuellement beaucoup, comme on dit des amants "qu'ils se donnent" et il y a de l'autoportrait, au sens subtil, dans chacune de ses toiles. Il est rare et il est émouvant de voir une artiste, une femme autodidacte si bien s'imprégner et nous toucher par la beauté des femmes, entre fards, fétiches et l'incontournable épreuve de la nudité.




      
Et cela crée un effet de miroir qui nous piège au mirage à la fois instinctif et raisonné d'une sensualité paradoxalement chaude et froide.
Une sensualité, à la fois proche et tenue à distance, qui tient à la franchise érotique et analytique de son regard mais aussi et surtout de son bizarre art de peintre.

      


Je précise brièvement mon opinion :
"la peinture de Martine Carles est faussement hors "avant-garde" ou académique, et si parfois elle se rapproche du chromo, à cause de son absence de rehaut et de matière, dans ses visages de femmes entre madone et hétaïre, c'est pour mieux déboucher, sans autre soucis que l'instinct de sa propre logique et sa fascination du corps humain, sur une catégorie à la fois naïve et radicale d'une sorte d'hyper-réalisme, sans préméditation aucune.
La peinture de Martine n'est jamais plus perverse que lorsqu'elle se veut édifiante, jamais plus édifiante que lorsqu'elle est, de fait, perverse, ce qui est le coeur battant du processus artistique.
Autant dire qu'il y a beaucoup à voir et à deviner.



Enfin, chez Martine Carles, il y a l'émoi millénaire du nu féminin, de la mer méditerrannée et de drapé sublime, des tissus et de leur troubles utérins.
On découvre sous les figures évidentes du sujet apparent un autre sens et les mystères d'un autre sujet, infiniment allégorique, qui vient s'aditionner, par transparence, et se soustraire à ce que consentait à nous livrer le regard premier. Une diaspora du déchiffrement, on ne peut pas être davantage femme et peintre.
       


         
On découvre alors un monde si secret et bouleversant qu'on hésite à le parasiter de toute littérature.
Un monde qui se suffit à lui même, dans l'ordonnancement et la jouissance de ses propres mystères.La fascination de tels labyrinthes mêne à l'éclosion des corps et des âmes.
PS : Un jour proche viendra où les tableaux de Martine Carles inspireront les critiques, les artistes, les cinéastes, les romanciers, les pervers, les spéculateurs, les chasseurs de trésors, les érotomanes distingués, et, qui sait, les "A"mateurs d'art et d'énigmes.



Et déja devant ses gitanes où ses madones d'un désir qui ne se donnera jamais à n'importe qui, que la porte soit ouverte où fermée, je tremble de joie à laisser cheminer en moi, vers on ne sait qu'elle destination inconnue, ma galerie de ses portraits, où rien de la recherche de la paix, de la beauté, du risque et donc de la vérité, ne saurait être autre chose que femme,j'allais l'oublier, -lapsus résonnateur- aux yeux si souvent fermés sur leurs trésors intimes et qui , je vous le donne en mille, finiront bien aveugles que nous sommes, par parvenir à nous ouvrir les yeux. Avec toute ma gratitude, l'émotion, l'émotion , l'émotion...

Yves-André DELUBAC
Ecrivain, journaliste, cinéaste
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